Friday, December 08, 2006

Mot d'excuses

Nous sommes desoles pour ce long arret dans la publication du blog. Ceci est surtout du a des problemes techniques independents de notre volonte. Toutefois, nous esperons que dans un proche delai, nous reprendrons nos activites habituelles.

Merci.

Tuesday, September 05, 2006

Beethova Obas: Une Apotheose Creole


Par Prosper Honore, Jr
Comme pour respecter une chronologie établie, 2006 est une année d’enfantement artistique pour le chanteur Beethova Obas. En effet, depuis la fin du printemps, ce chansonnier aux talents multiples est entré en studio pour l’enregistrement d’un nouvel album qui s’intitulera "Gad Devan" dont la sortie est prévue pour le mois d’octobre. Selon de nombreux proches du chanteur, cet album aux senteurs cannelles sera une sorte de réaffirmation de la conception artistique propre à lui seul. A cote de quelques nouvelles nuances musicales intelligemment travaillées, on retrouvera les habituels grooves de jazz, de root, et de samba brésilienne finement incorpores sur ce compact. En quelque sorte, Obas semble vouloir faire de cet opus son nouvel Allelujah. En attenant de voir les jours s’égrainer et cet album respirer, voyageons un peu à travers l’âme de ce talentueux artiste.

C’est dans un atelier de peinture, au milieu de tableaux et de nombreux canevas éparpillés ça et la, que son père – le peintre haïtien Charles Obas, disparu sous la dictature de Duvalier après avoir manifeste en face du palais national – avait laisse que Beethova Obas découvre pour la première fois le goût pour la musique. Dans une quête de réconfort, il se tourne vers les instruments de musique ayant appartenu à celui-ci. En véritable autodidacte, il touche d’abord à l’accordéon, puis à la guitare. En un court temps, il devient très calé et sa dextérité retient l’attention de plus d’un. Comme tout bleu guitariste, il interprète des compositions d’autrui pour se parfaire, mais aussi va plus loin en commencant a composer ses propres pièces. Dans ses cahiers de jeunesse, on retrouve des textes aux saveurs tristes et mélancoliques, mais en même temps des textes de révolte contenant à la fois des messages d’amour et de paix. Ainsi, comme on le reporte dans sa biographie postee sur son site électronique officiel, la disparition de son père lorsqu’il avait cinq ans, semble avoir forge sa conscience d’artiste. Il compose pour se faire entendre.

En 1987, a l’occasion du "Konkou Mizik : Mwen Renmen Ayiti", organisé par la American Airlines, le public haïtien découvre la fraîche musique de Beethova Obas. Il écrit et compose "Plezi Mize", une ballade au groove racine chantée par l’étoile montante de l’époque, Emeline Michel. Puis, c’est au tour de son jeune frère, Emmanuel dit Manno Obas, de porter sa voix sur une composition exhortative titree "Lage-l". Les deux titres sont d’énormes succès et deviennent a coup sur des tubes peu communs.

Jusque la, on connaît l’artiste seulement comme musicien et parolier. Beethova Obas ne chante pas ! Toutefois, faisant suite à de malheureuses circonstances survenant en décembre 1987, le compositeur se voit obliger d’entrer en studio pour placer sa voix sur "Nwel Anme", une chanson critique du pouvoir en place à Port-au-Prince qui devrait être chantée par l’artiste engage, Manno Charlemagne. (En effet, au cours de ce dit décembre, alors que Charlemagne sortait de chez lui pour aller enregistrer la chanson, des hommes armes lui tirent dessus, le blessant grièvement. Sans se faire prier, Obas le remplace au studio.) Incroyablement, cette voix nouvelle constitue un élément clé pour le succès de la chanson. Elle est chaude, sensuelle, tantôt joyeuse, tantôt mélancolique, mais toujours amicale et mélodieuse. L’année suivante, l’artiste, devenu maintenant un chanteur de facto, est élu Meilleur Jeune Chanteur par le jury du concours Découverte RFI ayant alors à sa tête le célèbre Manu Dibango. Celui-ci dit être impressionne par la voix du jeune haïtien de vingt-quatre ans.

Comme on peut l’imaginer, dans les années qui suivent, Obas se familiarise de plus en plus aux studios d’enregistrement, ces fois non seulement pour enregistrer ses compositions musicales mais aussi pour y placer sa voix. Ainsi, en 1990, il réunit ses enregistrements et sort sa première compilation sous le titre révélateur "Le Chant de Liberté". Le public haïtien l’acclame. C’est une autre réussite ! Néanmoins, lorsqu’au fond de sa solitude, il caresse les cordes de sa guitare, Obas pense au delà de l’Atlantique. Il rêve d’une carrière internationale, non pas pour la gloire ou la celebrite, mais pour avoir de préférence l’opportunité de faire entendre son cri de cœur plus loin et plus largement. Il en trouve la chance en 1991, lorsque le groupe martiniquais Malavoi entreprend une tournée en Haïti. En effet, durant ce circuit, Paulo Rosine, une importante personnalité du groupe, rencontre le jeune Obas a Port-au-Prince : il est impressionne par son talent. Sans tarder, il l’invite à participer à l’enregistrement du prochain album de Malavoi – ce qui eu lieu – et par la suite, a la tournée antillaise et française qui enchaînera. C’est donc le visa d’introduction d’Obas sur la scène internationale de la "word music".

En 1994, dans une Haïti troublée par des évènements politiques obscurs, Beethova Obas accouche d’un second album, "Si". Le titre porte à réfléchir et le public l’accueille avec enthousiasme. En Europe et particulièrement en France, l’opus est un vrai déclic pour le chanteur. On apprécie la beauté de sa voix, mêlée aux nuances musicales tirées du jazz, du blues et des rythmes brésiliens. Comme révélation, on le retrouve dans de nombreux festivals dont ceux de Bourges et de La Rochelle. Sa présence marque aussi divers clubs parisiens tels La Chapelle des Lombards, le Hot Brass et Le Café de la Danse. Comme souhaité, son rêve s’est réalisé. On le dit être la voix des sans voix.

Beethova Obas est un type humble, calme et gentil. Il possède un sens de l’humour qui peut briser des montagnes de glace. Il n’est donc pas rare qu’a ses concerts il prenne du temps pour glisser une petite histoire, une anecdote ou tout simplement rakonte yon ti zen au début ou a la fin de chaque chanson. Ainsi, son public se lie a lui sans peine et sans dommage. D’autres fois, il en profite pour leur offrir des cadeaux en surprise comme, par exemple, l’annonce de l’album "Pa Prese", sorti en 1997. Presque entièrement compose en créole (deux chansons sont en français), ce compact est une fontaine remplie d’émotions multicolores. Musicalement, Obas s’entoure de grosses pointures de la musique afro antillaise dont Mario Canonge, Thierry Fanfan et Etienne M’Bappe pour cet album. C’est encore un succès.

Deux ans plus tard, il présente "Planet La", une œuvre musicale consacrée a l’environnement, l’un de ses thèmes préférés. Cet album est porteur d’un message crucial. En l’écoutant, on découvre non seulement une maturité artistique mais aussi une maturité de l’homme musicien. Ce n’est plus le cri d’un jeune homme vacillant et émotionnel. Obas sait qui il est, ou il va et comment il y arrivera. Il est maintenant un oiseau qui vole de ses propres ailes ; un être totalement conscient de sa mission.

En 2003, on le retrouve sur une compilation titree "Découvrir", présentée par Radio France Internationale, qui réunit une sélection de lauréats du Prix RFI Musiques du Monde parmi lesquels on peut citer Tiken Jah Fakoly, Habib Koite, Sally Nyolo, Rajery etc. Au cours de cette même année, sort ‘Ke-m poze’, un album aux sons magiques qui font danser l’âme et le cœur. Une fois de plus, Obas montre une habileté à enfanter des textes extraordinaires. Il jongle avec les mots ; il emploie des tournures, créant ainsi un flot poétique image et sublime.
Comme mentionne la biographie sur son site officiel, ‘Beethova Obas n’est ni du genre presse ni enivré par le succès’. Telle une terre absorbant la pluie, il prend chaque chose à son rythme et en son temps. Allègrement, il marche vers son but ; toutefois, il ne voltige pas comme le fou de Saint-Antoine. Il y va, sa guitare sous le bras et le vent a sa face, s’arrêtant de temps a autre pour chanter et nous faire danser, rire ou pleurer ; pour nous offrir une musique qui nous touche, nous conscientise, nous humanise. Il s’arrête de temps a autre pour chanter et nous offrir une musique qui nous rappelle que nou se moun.

Thursday, August 31, 2006

Jean-Michel Basquiat: Rebelle ou Incompris?


Par Prosper Honore, Jr
Presque vingt ans après sa mort, le nom et la peinture de Jean-Michel Basquiat continuent de faire des remous que ce soit dans le milieu culturel haïtien ou le monde de l’art américain. En effet, quoi que pour des raisons différentes, ces deux spheres considèrent Basquiat soit comme un enfant terrible qui n’affiche pas assez son haitianite dans ses oeuvres, soit comme un talentueux écervelé qui ne trouve répit que dans l’autodestruction. Mais quoi qu’il en soit, comme tous les grands esprits, Jean-Michel Basquiat est venu et il a vécu selon ses propres volontes et ses seules limites.

Ne à Brooklyn le 22 décembre 1960, d’un père haïtien, Gérard Basquiat, et d’une mère portoricaine, Mathilde, Jean-Michel Basquiat présente un grand amour pour le dessin et la peinture des un très jeune age. Visitant souvent le Brooklyn Museum, le Museum of Modern Art et le Metropolitan Museum of Art en compagnie de sa mère, il devient de plus en plus sensible à l’art et rêve déjà d’en faire une carrière. A cote de la lecture, son autre passion (il lit des textes en anglais, en français et en espagnol), il dessine en s’inspirant des films d’Alfred Hitchcock, d’automobiles et de bandes dessinées. A huit ans, après avoir été renverse par une voiture, sa mère lui offre, durant sa convalescence, le manuel d’anatomie de Gray, un ouvrage qui influencera profondément son parcours artistique.

Mais c’est en 1977 que, pour la première fois, Basquiat va s’afficher comme un artiste a part entière. En effet, à cette époque, a cote d’un ami graffitiste nomme Al Diaz, il commence à signer des graffitis se caractérisant par d’étranges symboles et des messages poétiques dans le bas Manhattan sous le pseudonyme de SAMO (signifiant Same Old Shit). Parallèlement, c’est aussi au cours de cette même période qu’il commence à côtoyer des personnalités dans l’underground new-yorkais telles David Byrne, Madonna et les membres du groupe B-52. Il est fascine par la musique de Jimi Hendrix et de Janis Joplin (tous deux morts d’une overdose de drogue à l’age de 27 ans). En 1978, il déménage définitivement de la maison familiale et part vivre seul avec des amis. C’est a ce moment qu’il commence a vendre des cartes postales qu’il a dessine de ses propres mains et des T-shirts portant l’inscription ‘man made’ au dos.

Deux ans plus tard, Basquiat présente pour la première fois son œuvre dans une exposition publique à cote de celles de Jenny Holzer, Lee Quinones, Kenny Scharf, Kiki Smith, Robin Winters, John Ahearn, Jane Dickson, Mike Glier, Mimi Gross et David Hammons. L’année suivante, l’artiste René Ricard écrit dans le journal Artforum le premier grand article le concernant ; il l’intitule : "The Radiant Child". Ainsi, le public avise de l’art contemporain commence officiellement a reconnaître ce natif de Brooklyn comme un artiste des hauts lieux new-yorkais. En 1982, a cote d’autres artistes connus comme des neo-expressionistes tels Sandro Chia, Francesco Clemente, Enzu Cucchi, David Deutcsh, David Salle et Julian Schnabel (lequel dirige le film biographique "Basquiat", sorti en 1996), il participe a une exposition de groupe baptisée "Transavanguardia : Italia/America". Mais c’est au cours de l’année d’après qu’il présente sa toute première exposition personnelle. L’évènement tient lieu d’abord à la galerie d’Annina Nosei qui devient alors son marchand officiel, puis a celle de Larry Gagosian. Rapidement, sa peinture devient recherchée et se vend à des prix intéressants. Toutefois, il dilapide l’argent qu’il en tire en consommant de la drogue, en s’achetant des vêtements de marque et en voyageant.

Bientôt, sous la direction de Bruno Bischofberger, il commence une étroite collaboration avec un autre enfant terrible de l’art contemporain américain, Andy Warhol. Les deux travaillent sur pas mal de projets et deviennent inséparables pendant quelque temps. Cette collaboration entre les deux artistes soulève de nombreuses discussions concernant le patronage de l’art negre par des élites blanches – un conflit qui demeure aujourd’hui encore au centre de presque toutes discussions à propos de la vie et l’œuvre de Basquiat. Et malgré l’échec produit par la mauvaise réception de cette coopération par les critiques d’art, les deux restent amis jusqu'à la mort de Warhol.

En février 1985, Basquiat fait la couverture du New York Times Magazine, illustrant un article de Cathleen McGuigan intitule "New Art, New Money : The Marketing of an American Artist". Le mois suivant, il présente sa deuxième exposition personnelle a la galerie de Mary Boone. Dans le catalogue de l’exposition, le critique d’art Robert Farris Thompson parle du travail de Basquiat comme une symbiose afro atlantique – un concept qu’on n’avait pas encore envisage jusque la lorsqu'on considerait le travail de Basquiat. L’année d’après, il décide de voyager en Afrique. Il expose a Abidjan, Cote d’Ivoire. Mais sa promenade artistique ne s’arrête pas en terre africaine. En novembre 1986, il expose plus d’une soixantaine de peintures et de dessins au musée Kestner-Gesellschaft a Hannover – a vingt-cinq ans, il devenait le plus jeune artiste jamais expose a ce musée. Bientôt, ses toiles sont également présentées à Paris et a d’autres spots new-yorkais.

A cette tournure de sa vie, Basquiat se dit décider à se passer des tentations de la vie new-yorkaise. Il dit vouloir se libérer de l’emprise de la drogue. Ainsi, au mois de Juillet 1988, il décide d’aller vivre dans son ranch à Hawaii. Mais cette décision ne dure pas ; car quelques semaines plus tard, il retourne à New York clamant qu’il est alors "propre". Le 12 août, on le retrouve mort dans son appartement de la Great Jones Street, a la suite d’une overdose. Il avait 27 ans.

A propos de Basquiat, Robert Farris Thompson écrit : "ce qui fait de Basquiat un grand artiste est le courage et la toute puissance d’une auto-transformation. Ce courage, signifiant n’avoir pas peur de faillir, transforme de timides possessions de culture en de grandes jubilations de cultures recombinées. Il avait le culot de confronter le plus grand défi dans le monde artistique new-yorkais, a savoir : Peux-tu transformer ton héritage en quelque chose de nouveau et reconnu ?" Enfin, qu’on le considère comme un évade qui n’a pas su afficher ses origines culturelles ou comme un déjante qui a suivi sans arrêt le stream de l’autodestruction, Jean-Michel Basquiat est un artiste digne du nom des sa naissance jusqu'à sa mort. Cela ? C’est une grande vérité.

Tuesday, August 29, 2006

Une mosaique musicale



Par Prosper Honore, Jr

Depuis quelques années, un nouveau groupe vient d’agrandir la liste des diversités de la musique haïtienne par son style fluide, colore et unique. En effet, dans un univers musical haïtien domine par d’autres courants, Mozaic a choisi de jouer une musique conçue a partir des influences traditionnelles afro-haitiennes, mêlée a une instrumentation, des sensibilités mélodiques et une improvisation tirées du jazz. Sa musique, aussi influencée par d’autres sources dont le classique, le gospel et le funk, est comme un arc-en-ciel de sons et d'harmonies.

Compose d’un ensemble de cinq musiciens dont le guitariste Eddy Bourjolly, le percussionniste Markus Schwartz, le batteur Gashford Guillaume, le keyboardiste Welmyr Jean-Pierre et le bassiste Gene Torres, Mozaic, groupe base a new York, a provoque pas mal de réactions dans la presse culturelle nationale et internationale avec la sortie de son premier album portant le nom meme du groupe. Ainsi, des journaux comme Beat, The Haitian Times, Kompa Magazine et Le Nouvelliste ont présente de très bonnes revues a la sortie de cet opus, lequel a été aussi présenté dans le programme international, "The World", de la radio publique américaine.

En 2004, le groupe a produit un deuxième vinyle titre "Rythmic Reflections" sous le label Zoho Music, un spécialiste en production de jazz. Ce dynamique album, une nouvelle fois, a ete relache en mai 2005 sous un titre plus descriptif, "Haitian Creole Jazz". Ce disque compact comporte des rythmes traditionnels haïtiens comme le Nago (Sa te Bel), le Mayi (Pen Mayi), le Ibo (Mireille), le Rara (Caravan et Moving On), le Kontredans (Haitian Queen), le Kongo (Limye), et le Petwo (The Journey). Ainsi, doit-on reconnaitre que la beauté de la musique de Mozaic se trouve surtout dans la conception des motifs et rythmes utilises. Contrairement a d'autres projets musicaux alliant la musique traditionnelle au jazz ou l'on a toujours tendance à interposer ces deux structures melodiques en un grotesque amalgamme, Mozaic presente un produit raffine resultant d'une vraie symbiose.

Il n'est donc pas etonnant que les amants du jazz et du folklore de tout horizon adorent le son produit par le groupe – un mélange d’anciennetés et de nouveautés, ancre profondément dans le traditionnel mais ouvrant grandement sur le moderne.

Quoi qu'ayant toujours des engagements a honorer ici et ailleurs, Mozaic n'a jamais rate l'occasion de faire decouvrir sa musique aux connaisseurs ainsi qu'aux non-inities. Ainsi, au cours de la première semaine du mois de juillet 2006, le groupe a participe au premier Festival Annuel Haïtien de Jazz tenu a Miami – un festival qui a reuni des grands noms du jazz haïtien tels Mushy Widmaier, Reginald Policard, Beethova Obas, Boulot Valcourt et des invites de marque comme Jowee Omicil, Wyclef Jean, Bemol Telfort, Manno Charlemagne, pour ne citer que ceux-la. Durant ce festival, le groupe a épate d’une manière extraordinaire le public par la qualite de sa musique. Un peu plus tard, au cours du meme mois de juillet, il a été invite a performer au Dizzy’s Club Coca-Cola, l’un des plus beaux clubs de jazz de New York dans le cadre du Latin in Manhattan Festival. La encore, Mozaic a rencontre les attentes des festivaliers en offrant un spectacle de choix et exceptionnel.

En resume, comme le reporte le One Way Magazine, les membres du groupe Mozaic produisent une musique tirée profondément de leur héritage afro-haitienne en mélangeant des éléments du jazz, du classique, du gospel et du R&B. Ce groupe dont le nom indique un melange harmonique de toutes les couleurs est comme un nouveau souffle, une vitalité certaine dans le spectre de la musique haïtienne. La virtuosité caractérisant ses compositions musicales est d'une valeur sublime et inégalée. En d’autres mots, Mozaic est inevitablement d'abord, un groupe a decouvrir; ensuite, a aimer et cherir.

Wednesday, August 23, 2006

Souvenez-vous de "L'Homme sur les Quais"?

Par Prosper Honore, Jr
Source : revues électroniques

Avec la nouvelle vague de films qui déferle sur le marche cinématographique haïtien, on a tendance a oublier tout un ensemble de productions de qualité constituant la base même de ce nouvel élan dans le septième art haïtien. Tel il en est pour ‘L’Homme sur les Quais’, un film de Raoul Peck, sorti en 1993.

D’une durée de 105 minutes, cette production franco-haïtienne (les fonds de production sont françaises) offre aux cinéphiles une matière de réflexion humaine et universelle. En effet, chaque guerre, chaque révolution ou action militaire a ses propres atrocités, peu importe que les acteurs soient romains, nazis, serbes ou autres. L’horreur demeure horreur quel que soit son temps ou sa position géographique. Dans ‘L’homme sur les Quais’, Raoul Peck essaie de personnaliser cette tragédie humaine dans l’univers de son pays natal, Haïti. Toutefois, ce qui fait la force du film n’est pas l’histoire en elle-même, mais la façon dont elle est racontée.

On est dans les années 60, l’époque où Papa Doc vient de s’accaparer totalement du pouvoir avec son harem de sinistres Tontons Macoutes qui brutalisent et terrorisent toute une population dans une complète impunité. Parmi les victimes, on compte Sarah (Jennifer Zubar), une fille de huit ans et ses deux sœurs aînées. Son père était, une fois, un respectable militaire qui a du s’exiler (lui et sa femme) lorsqu’un Macoute nomme Janvier (Jean-Michel Martial) devient le seul détenteur du pouvoir dans la zone. Les trois enfants se cachent en se réfugiant d’abord dans un couvent, puis dans l’attique de leur grand-mère, Camille (Toto Bissainthe), une femme fière qui refuse de se courber face a Janvier.

Les images dans ‘L’Homme sur les Quais’ nous font voyager de temps a autre entre le ‘présent’ du film et certains événements tenant lieu deux années auparavant quand Sarah a vu Janvier torturer son père et son grand-père. La scène de torture, montrée en flash-back, est spécialement provocante, non pas parce qu’elle est excessivement atroce mais parce que Janvier montre une glaciale nonchalance en dispensant sa loi quand la petite Sarah se trouvant seulement a quelques mètres assiste au monstrueux spectacle. Ces images ne la laissent jamais et leurs souvenirs alimentent le climax du film.

‘L’Homme sur les Quais’ est une mise en question de deux maximes universelles : ‘le pouvoir corrompt toujours’ et ‘qui tue par l’épée périra par l’pée’. Janvier est un vilain personnage dont le caractère n’a rien d’attrayant. Il n’est même pas le genre d’homme dont on aime à haïr ; on le hait tout simplement. Il a le pouvoir : il en abuse. Il fait des raquettes, commet des meurtres et viole des petites filles. En face de son personnage se trouve le personnage de Camille, la grand-mère de Sarah qui, selon ses propres mots, ‘incite a la subversion’. Quoi qu’elle n’ait pas de vrai pouvoir, son calme et sa confiance commandent le respect – et même celui de Janvier. En effet, il veut capturer les enfants (Sarah et ses sœurs), mais s’inquiète de Camille. Malgré qu’elle ne pose pas de menace physique et/ou politique, elle représente un ennemi redoutable par la force de son caractère et de sa personnalité ; et Sarah la considère comme un véritable bouclier.

L’une des grandes forces de ‘L’Homme sur les Quais’ se trouve dans la contradiction entre les activités de tous les jours dans le film – adultes dans les épiceries, enfants jouant dans les rues ou montant a bicyclette sur les quais – et la traite d’une explosion de la situation politique. Peck tire des images de sa propre mémoire d’enfance pour réaliser le film et le résultat évoque de grandes émotions.

Le film est un ‘must’ pour tout cinéphile et surtout pour tout collecteur du vrai nom. A cote d’être une superbe production avec d’excellentes performances, il est le premier film haïtien présente commercialement aux Etats-Unis. Présente a New-York pour la première fois en 1996, trois ans après sa production, le film n’est pas un smash du box office (les films artistiques le sont rarement), mais il reçoit de très bonnes revues et agrandit la réputation de Raoul Peck comme étant un cinéaste accompli.

Tuesday, August 15, 2006

Foukifoura! Foukifoura comment?


Qui peut ne pas être curieux a propos de Franketienne ? Que ce soit dans ses peintures ou ses écrits, il parait comme un personnage énigmatique, mystérieux et difficile a comprendre. Mais ceci ne tient que lorsqu’on ne pénètre pas a fond le monde de l’artiste. Pionnier du mouvement spiraliste, Franketienne publie de nombreuses œuvres reflétant l’âme d’une plume bavarde mais intelligente qui a toujours des choses a dévoiler. Il crée souvent un univers apparemment complexe pour le commun des mortels pour expliquer le réel, le laid et l’indicible. En 1999, il présente Foukifoura, un monologue théâtral pour parler des détours de ses pensées. Cette pièce, interprétée par l’auteur lui-même, connaît un succès énorme à Port-au-Prince. Plus tard, elle a été représentée dans diverses villes étrangères dont Tokyo, Montréal, Paris et Bruxelles. Partout, l’imagination et le talent de l’écrivain épatent l’assistance. Pour vous donner une idée, nous publions ci-après un extrait du texte de cette extraordinaire œuvre qui mérite l’attention de tous.


Foukifoura
Premier chant
Kriyo sonde miwa o Legba e !Kriyo sonde miwa o Legba e !Ayizan viyè viyèKriyo sonde miwa o Legba e !

Je gratte la peau des rêves...Je m'écorche la mémoire...J'écoute au fond de moila musique de mes songesle bruit de mes cauchemarsle tapage de mes motsla grossesse du miroirl'obésité de l'œuf entre les nœuds du temps.
[...]
Deuxième Séquence
La première fois que je suis passé par-devant le Grand Conseil Implacable, durant plus de quatre heures, j'ai été harcelé de questions saugrenues. Ça fait 20 ans ! Et pourtant, je m'en souviens comme si c'était hier. Ça fait déjà 20 ans ! Cet absurde interrogatoire ! La bêtise arrogante ! L'humiliation insupportable sous une pluie de merde, de foutre et de crachat ! Le bourreau ne m'interrogeait qu'avec des merdes, des foutres et des jets de crachat...
Touf ! Touf ! Foutre de merde ! Comment t'appelles-tu ? Petit macaque de merde !... Foukifoura ! Foukifoura comment !
Foukifoura Belhomme ! Hein ! Belhomme ! Ça c'est la meilleure des plaisanteries ! Laid comme tu es, et tu t'appelles Belhomme !...
Quel âge as-tu ? Quoi ? Ki fout laj ou ?... 42 ans !... Kote ou fout rete ? Je veux ton adresse !... Tu habites à la rue des Miracles !... Tu peux prier la Vierge des Miracles autant que tu voudras et autant que tu pourras. Aujourd'hui, là et maintenant, il n'y aura plus de miracle pour toi...
[...]

Moi Foukifouraje voyage au mitan des ténèbresje foutralingueje brindezingueje blinguindingue je calbrindingueje décalembrindingue !!!J'aristocratise la gaucheje démocratise la droiteje déphallocratise le pouvoir.Et je prophétise la fêteéclatante et sublimeau déboulé du sangà travers la zinglinderie nocturne.
Je boulineje déboulinede bîme en bîmejusqu'au fond de l'abîme.Je m'embabylonede boom en boomde tchouboum en tchouboumjusqu'au fond du katchouboumbé.Et puis je renaisje reviens escaladerles hauts pics du pouvoir !Je suis au sommet de la gloire !J'ai défloré la Viedans le lit du Pouvoir !
Moi Foukifouraje suis le roi de la scèneje suis le roi du plateauje suis le ROI !Je ne plaisante pasje ne plaisante pointje ne plaisante jamaisje suis le ROI !!!Je ne suis le clown de personne !Je suis le clown de moi-même.

Wednesday, August 09, 2006

"Choucoune": une marabou d'Haiti



Par Prosper Honore

Deux ou trois ans de cela, je visionnais une production hollywoodienne et j’entendais jouer dans le fond du film un air qui m’était familier. Dans l’espace d’une centième de seconde, je me rendais compte qu’il s’agissait de la populaire et fameuse chanson haïtienne ‘Choucoune’, mais chantée en anglais (‘Yellow bird’). Comme pour toute autre contribution haïtienne au patrimoine du monde entier, je sentais alors une sorte de fierté me gagner. Cependant, quelques temps plus tard, après quelques recherches concernant la chanson, je remarquais avec étonnement qu’on n’a pas mentionne son origine haïtienne ; au contraire, on l’attribuait souvent au répertoire jamaïcain. Quand on se souvient de la multitude de fois que des générations d’haïtiens ont été berces sous cet air, quand on se rappelle des nombreuses interprétations de cette chanson réalisées par des chorales, des orchestres, des bands et des ensembles haïtiens, on a l’impression qu’on a vole ce qui est légitimement notre. Ainsi, une certaine clarification me paraissait nécessaire. J’ai donc fait des recherches plus approfondies et voila les résultats.

Selon Gage Averill du département de musique de New-York University, ‘Choucoune’ est en réalité une composition haïtienne. Le texte (comme plus d’un le sait) est écrit en 1883 par le poète haïtien Oswald Durand et la composition musicale est de Michel Mauleart Monton, un haïtien américain, ne à New Orleans, de père haïtien et de mère américaine. Cette reconnaissance est aussi fermement soutenue par Ken Bilby, un connaisseur en matière musicale. En effet, Bilby avance (en parlant de la version anglaise ‘Yellow bird’) que c’est originalement une chanson folklorique haïtienne. Sur un opus titre ‘Meringue: Buckle-Rubbing Street Music from Haïti' paru en 1993 sous le label Corason a Mexique, il note qu’il y a une version de la chanson, interprétée cette fois par l’ensemble L’avenir de Jacmel, mais sous le titre de ‘Ti Zwazo’. Toutefois, il mentionne aussi une ancienne version, toujours haïtienne, enregistrée par André Toussaint en 1956 sur l’album ‘André Toussaint and the Caribbeans’ a Bahamas.

Il faut dire que dans les années 50, Haïti était l’attraction touristique de la Caraïbe. De nombreuses stars telles Marian Anderson, Harry Belafonte, Elizabeth Taylor et tant d’autres ont visite le pays au cours de ce période et certaines sont carrément tombées amoureuses de la musique haïtienne, entre autres la chanson ‘Choucoune’. Ainsi, il est compréhensible qu’en 1957, on a retrouve la toute première adaptation anglaise de la chanson titree ‘Yellow bird’ sur l’album Norman Luboff Choir’s Calypso Holiday. Sur ce vinyle, on présente a tort la chanson comme un texte de Alan Bergman sur une composition musicale de Norman Luboff. Plus tard, Harry Belafonte offre une autre version, laquelle est devenue extrêmement populaire et le plus souvent fait penser que la chanson est d’origine jamaïcaine.

Il parait aussi important d’expliquer l’histoire de Choucoune afin d’établir une fois pour toute sa vraie origine. Croyez-le ou non, Choucoune était réelle. De son vrai nom Marie Noel Belizaire, elle était née a la Plaine du Nord en 1853. Etant d’une couleur noire avec de longs cheveux soyeux et un joli visage, elle était étonnement belle – ce qui lui a valu le surnom de Choucoune la marabou. Des un très jeune age, elle tombait amoureuse d’un jeune homme nomme Pierre Théodore et les deux ont décide de vivre ensemble. Bientôt, elle réalisait que le jeune homme ne lui était pas sincère, elle l’abandonnait pour s’établir au Cap-Haïtien, la métropole du nord d’Haïti.

Vivant au numéro 14 de la rue Simon dans le quartier de Ti Ginen, elle opérait un petit restaurant près de la chapelle Saint Joseph à la rue 19. L’un de ses clients était Oswald Durand, le fameux poète de cette époque. Quoi que treize ans son aine, Choucoune ne perdait pas de temps a entreprendre une relation amoureuse avec lui – elle avait besoin de stabilité. Apparemment, ils ont tous les deux profite d’un ensemble de merveilleux moments qu’ils ont partage ; malheureusement, ce n’était pour longtemps car Oswald Durand était un coureur de jupes qui prenait plaisir a s’identifier comme étant ‘le jardinier qui doit arroser toutes les fleurs’. Ainsi, comme pour son premier amour, Choucoune arrêtait la relation avec lui pour se mettre avec un jeune francais.

Peu de temps après, Oswald Durand a été mis en prison pour avoir critique certaines figures politiques au Cap-Haïtien. C’était dans sa cellule alors qu’un oiseau s’était pose a sa fenêtre qu’Oswald Durand a compose ‘Choucoune’, l’un des plus beaux poèmes écrits en créole. Dans ce poème, Durand parle de Choucoune, sa bien-aimée, de sa beauté, des merveilleux moments passes ensemble et de la peine causée par leur séparation. Toutefois, malgré que Durand l’ait immortalise dans ce poème, Choucoune ne s’est jamais retourne a lui. Plus tard dans sa vie, elle a connu d’énormes difficultés et est retournée dans son village natal ou elle est devenu folle et a du demander pour survivre. Elle est morte en 1924.

Dix ans après la parution du poème, sous l’influence de la nature tropicale d’Haïti, du surréalisme de la culture haïtienne et des traditions musicales européennes, Michel Mauleart Monton a compose la musique de ‘Choucoune’. Elle a été présentée au public pour la première fois à Port-au-Prince le 14 mai 1893.

Aujourd’hui, ‘Choucoune’ représente l’une des chansons haïtiennes figurées sur le plus grand nombre d’albums haïtiens et étrangers (quand on considère ‘Yellow bird’ comme étant une version de l’originale). Elle est jouée par de nombreux steel bands sur les bateaux de croisière dans la Caraïbe sans qu’on ne sache que tout avait commence dans une cellule de prison au Cap-Haïtien. La prochaine fois que vous entendez ‘Yellow bird’, pensez à Durand et à Choucoune et dites fièrement a tous qu’on est en train de chanter une chanson haïtienne.

Pour votre satisfaction, en voici le texte.

1.Deye yon gwo touf pengwen
Lot jou mwen kontre Choukoun
Li souri le li we mwen
Mwen di : « Syel a la bel moun »
Li di : « Ou trouve sa che ? »
Ti zwazo nan bwa ki t’ ape koute
Kon mwen sonje sa
Mwen genyen lapenn
Ka depi jou-sa
De pye mwen nan chenn


2.Choukoun se yon marabou
Je li klere kon chandel
Li genyen tete debou
A si choukoun te fidel
Nou rete koze lontan
Jis zwazo nan bwa te paret kontan
Pito bliye sa
Se two gran lapenn
Ka depi jou-sa
De pye mwen nan chenn

3.Ti dan Choukoun blan kou let
Bouch li koule kayimit
Li pa gwo fanm, li gwoset
Fanm konsa ple mwen touswit
Tan pase pa tan jodi
Zwezo te tande tout sa li te di
Si ou sonje sa
Yo dwe nan lapenn
Ka depi jou-sa
De pye mwen nan chenn

4.N’ale lakay manman li
Yon granmoun ki byen onet
Sito li we mwen li:
A mwen kontan sila-a net
Nou bwe chokola nwa
Eske tout sa fini, ti zwazo nan bwa
Pito bliye sa
Se two gran lapenn
Ka depi jou-sa
De pye mwen nan chenn

5.Yon ti blan vini rive
Ti bab wouj, bel figi woz
Mont sou kote, bel chive
Male mwen, li ki lakoz
Li trouve choukoun joli
Li pale franse, Choukoun renmen li
Pito bliye sa
Se two gran lapenn
Choukoun kite mwen
De pye mwen nan chenn

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